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Acceptation à concurrence de l'actif net : procédure, délais et inventaire obligatoire

Acceptation à concurrence de l'actif net : déclaration au greffe ou devant notaire, publicité BODACC, inventaire sous 2 mois, créances sous 15 mois. Procédure, effets et pièges.

Par Gauthier Jozan, Fondateur — VoxActe8 min de lecture
Sommaire de l'article

Ne payer les dettes qu'à hauteur de ce que l'on reçoit

L'acceptation à concurrence de l'actif net permet à un héritier de recueillir une succession sans jamais payer les dettes au-delà de la valeur des biens reçus. Si le passif dépasse l'actif, la différence reste à la charge de la succession, pas de son patrimoine personnel. C'est l'option de prudence face à une succession potentiellement déficitaire : caution donnée par le défunt, activité professionnelle, contentieux fiscal en cours.

La contrepartie est procédurale. L'option, régie par les articles 787 à 803 du Code civil, exige une déclaration au greffe du tribunal judiciaire ou devant notaire, une publicité nationale au BODACC, puis un inventaire estimatif déposé dans les deux mois — faute de quoi l'héritier est réputé acceptant pur et simple, c'est-à-dire tenu des dettes sans limite. Les créanciers disposent ensuite de quinze mois pour déclarer leurs créances.

Définition. L'acceptation à concurrence de l'actif net est l'option successorale par laquelle l'héritier accepte la succession tout en limitant son obligation au passif à la valeur de l'actif qu'il recueille : ses biens personnels sont séparés de ceux de la succession et ne répondent pas des dettes du défunt.

Les trois options successorales : comparatif

À l'ouverture d'une succession, l'héritier dispose d'une option triple (article 768 du Code civil). Chaque branche emporte des effets radicalement différents sur les dettes.

OptionEffet sur les dettesQuand la choisirRetour en arrière
Acceptation pure et simpleTenu indéfiniment, y compris sur son patrimoine personnelActif manifestement supérieur au passifImpossible
Acceptation à concurrence de l'actif netTenu dans la limite de l'actif recueilliPassif incertain ou potentiellement supérieur à l'actifPossible vers l'acceptation pure et simple uniquement
RenonciationN'est pas tenu des dettes ; ne reçoit rienPassif manifestement supérieur, ou volonté de transmettre sa partRétractation possible tant que la succession n'est pas acceptée par un autre héritier

Trois repères de délai encadrent le choix, résumés dans la fiche option successorale de service-public.fr : l'héritier ne peut être contraint d'opter avant quatre mois ; sommé après ce délai par un créancier, un cohéritier ou l'État, il a deux mois pour répondre, faute de quoi il est réputé acceptant pur et simple ; sans sommation, le droit d'opter se prescrit par dix ans, le silence valant renonciation. Même le renonçant, s'il est ascendant ou descendant, reste tenu des frais funéraires à proportion de ses moyens (article 806).

Pourquoi choisir l'acceptation à concurrence de l'actif net ?

L'effet central est la séparation des patrimoines : les biens de l'héritier et ceux de la succession ne se confondent pas. L'héritier conserve contre la succession les droits qu'il avait avant le décès (une créance contre le défunt, par exemple), et les créanciers successoraux ne peuvent pas saisir ses biens propres.

L'option s'impose en pratique dans trois familles de situations :

  • Passif incertain : défunt caution, activité indépendante, contrôle fiscal en cours, endettement réel inconnu des héritiers.
  • Actif difficile à évaluer : biens atypiques, parts sociales, immobilier dégradé, dont la valeur pourrait ne pas couvrir le passif.
  • Héritier protégé : pour un majeur en tutelle, la succession ne peut en principe être acceptée qu'à concurrence de l'actif net, sauf autorisation du conseil de famille ou du juge ; une logique comparable protège les héritiers mineurs.

La définition et les effets de l'option sont rappelés par les Notaires de France.

Exemple chiffré : succession à passif incertain

Une héritière unique recueille la succession de son père, ancien gérant qui s'était porté caution. L'inventaire estime l'actif ; la déclaration des créances révèle le passif.

PosteMontant
Appartement (valeur vénale)190 000 €
Mobilier (prisée)8 500 €
Liquidités21 500 €
Actif successoral220 000 €
Créances déclarées (dont mise en jeu de la caution)290 000 €

Comparons l'issue selon l'option choisie :

Option retenueConséquence pour l'héritière
Acceptation pure et simpleElle doit régler les 290 000 €, soit 70 000 € prélevés sur son patrimoine personnel
Acceptation à concurrence de l'actif netLes créanciers sont payés à hauteur de 220 000 € ; le solde de 70 000 € ne peut pas être réclamé sur ses biens propres
RenonciationElle ne reçoit rien et ne doit rien

Au moment d'opter, nul ne savait si la caution serait appelée : seule l'acceptation à concurrence de l'actif net préservait à la fois la chance de recueillir un actif net positif et le patrimoine personnel.

La procédure étape par étape

1. La déclaration au greffe ou devant notaire

La déclaration est faite au greffe du tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession ou, depuis la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle, devant notaire — l'option se traite alors au sein du dossier de règlement, sans passage au tribunal. Elle comporte élection de domicile en France, adresse à laquelle les créanciers notifieront leurs créances : souvent, l'office notarial chargé de la succession.

2. La publicité nationale au BODACC

La déclaration est enregistrée et fait l'objet d'une publicité nationale au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC). Ce n'est pas une formalité anodine : c'est cette publicité qui fait courir le délai de quinze mois imparti aux créanciers.

3. L'inventaire dans les deux mois

La déclaration est accompagnée ou suivie d'un inventaire de la succession, comportant une estimation article par article des éléments de l'actif et du passif. Établi par un notaire ou un commissaire de justice, il est déposé au tribunal dans un délai de deux mois à compter de la déclaration, prorogeable par le juge pour motifs sérieux et légitimes.

La sanction du défaut est la plus lourde de la procédure : faute de dépôt dans le délai, l'héritier est réputé acceptant pur et simple — la protection disparaît rétroactivement. D'où l'intérêt d'organiser très tôt la visite d'estimation : la méthode pour réaliser un inventaire de succession en 15 minutes sur place et les techniques de prisée mobilière pour estimer les meubles sont détaillées dans deux articles dédiés. L'inventaire déposé fait lui aussi l'objet d'une publicité ; créanciers et légataires peuvent le consulter.

4. La déclaration des créances : quinze mois

Les créanciers de la succession déclarent leurs créances en notifiant leur titre au domicile élu. Ils disposent pour cela de quinze mois à compter de la publicité de la déclaration.

Chiffre clé. Faute de déclaration dans le délai de quinze mois, les créances non assorties de sûretés sur les biens de la succession sont éteintes à l'égard de celle-ci, conformément à l'article 792 du Code civil.

Pendant ce même délai, les voies d'exécution et les nouvelles inscriptions de sûretés sont suspendues : l'héritier peut établir sereinement l'état du passif sans subir de saisies.

5. Le règlement du passif

L'héritier administre les biens de la succession et règle le passif dans la limite de l'actif. Les créanciers titulaires de sûretés (hypothèque, gage) sont payés selon le rang de leur sûreté ; les autres créanciers sont payés dans l'ordre de leur déclaration. Les légataires de sommes d'argent ne viennent qu'après. Un créancier diligent a donc intérêt à déclarer vite — et l'héritier, à tenir un état rigoureux des notifications reçues.

Le calendrier complet en un tableau

ÉtapeDélaiPoint de départSanction ou effet
Option de l'héritier4 mois minimum, 10 ans maximumOuverture de la successionRéputé renonçant après 10 ans sans option
Réponse à une sommation d'opter2 moisSommationRéputé acceptant pur et simple
Dépôt de l'inventaire2 mois (prorogeable par le juge)DéclarationRéputé acceptant pur et simple
Déclaration des créances15 moisPublicité de la déclarationExtinction des créances chirographaires non déclarées
Déclaration de conservation ou d'aliénation d'un bien15 joursDécision de conserver ou venteRisque de déchéance en cas d'omission frauduleuse
Contestation de la valeur par un créancier3 moisPublicité de la déclaration de conservation ou d'aliénationValeur définitivement fixée à défaut

Conserver ou vendre les biens : les déclarations à ne pas manquer

L'héritier n'est pas condamné à l'immobilisme pendant quinze mois. Il peut vendre des biens de la succession : il doit alors affecter le prix de l'aliénation au paiement des créanciers. Il peut aussi conserver en nature un bien auquel il tient — la maison de famille, par exemple : il en doit alors la valeur fixée dans l'inventaire.

Dans les deux cas, une déclaration au tribunal dans les quinze jours est requise, suivie d'une publicité. Les créanciers peuvent contester la valeur retenue en saisissant le juge dans les trois mois de cette publicité, s'ils estiment le prix ou l'estimation inférieurs à la valeur réelle. C'est ici que la qualité de l'inventaire initial devient décisive : une estimation sérieuse, documentée pièce par pièce, résiste à la contestation ; une estimation approximative expose l'héritier à devoir un complément sur la différence.

Déchéance : quand la protection tombe

La limitation aux dettes n'est pas inconditionnelle. L'héritier est déchu de l'acceptation à concurrence de l'actif net — et donc réputé acceptant pur et simple depuis l'ouverture de la succession — dans deux cas prévus à l'article 800 du Code civil :

  1. il a sciemment et de mauvaise foi omis de comprendre dans l'inventaire des éléments d'actif ou de passif ;
  2. il n'a pas affecté au paiement des créanciers la valeur des biens conservés ou le prix des biens aliénés.

S'y ajoute la sanction déjà vue du défaut de dépôt de l'inventaire dans les deux mois. Le fil conducteur est constant : la protection se mérite par la transparence. Un inventaire exhaustif et sincère est la clé de voûte du dispositif.

Dernier point de souplesse : tant que la prescription du droit d'opter n'est pas acquise, l'héritier peut révoquer son option en acceptant purement et simplement — par exemple si le passif se révèle finalement modeste. L'inverse est impossible : il ne peut plus renoncer.

Le volet fiscal : des droits calculés sur la part nette

L'acceptation à concurrence de l'actif net ne modifie pas le calcul des droits de succession : ils restent assis sur la part nette recueillie par chaque héritier, après abattements. Si le passif absorbe tout l'actif, l'assiette est nulle. Pour mesurer l'enjeu selon la composition de la succession et le lien de parenté, notre calculateur de droits de succession donne une estimation immédiate.

L'inventaire déposé dans le cadre de la procédure sert d'ailleurs un second objectif fiscal : il écarte le forfait mobilier de 5 % lorsque le mobilier réel vaut moins — un levier détaillé dans l'article sur l'inventaire de succession.

Produire l'inventaire estimatif dans le délai : la contrainte pratique

Deux mois pour localiser les biens, organiser la visite, estimer article par article l'actif et recenser le passif : le délai de l'article 790 est court à l'échelle d'un office. Chaque semaine perdue en ressaisie ou en mise en forme se paie sur la marge de sécurité avant l'échéance — avec, en bout de course, le risque d'une acceptation pure et simple subie par l'héritier.

C'est précisément le terrain des outils de dictée structurée : dicter l'inventaire pièce par pièce lors de la visite, avec estimation et photos, et obtenir le document conforme le jour même. VoxActe est conçu pour ce flux notarial — inventaires, prisées, récolements — comme le détaille la page VoxActe pour les notaires. Sur le mécanisme de fond, voir aussi pourquoi la dictée divise par cinq le temps de rédaction des rapports terrain.

En résumé

L'acceptation à concurrence de l'actif net protège l'héritier d'une succession au passif incertain : il ne paie les dettes qu'à hauteur de l'actif recueilli. La procédure exige une déclaration au greffe ou devant notaire, une publicité au BODACC, un inventaire estimatif déposé sous deux mois et laisse quinze mois aux créanciers pour déclarer leurs créances. Le défaut d'inventaire ou l'omission frauduleuse font perdre la protection : l'héritier devient acceptant pur et simple.


Sources utilisées :

Pour aller plus loin : Réaliser un inventaire de succession en 15 minutes · Prisée mobilière : estimer les meubles d'une succession · Calculateur de droits de succession

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Acceptation à concurrence de l'actif net : procédure, délais et inventaire obligatoire : FAQ

Qu'est-ce que l'acceptation à concurrence de l'actif net ?
C'est l'option successorale par laquelle un héritier accepte la succession tout en limitant son obligation aux dettes à la valeur des biens qu'il recueille. Son patrimoine personnel est protégé : si le passif dépasse l'actif, il ne paie pas la différence. L'option est régie par les articles 787 à 803 du Code civil et suppose une déclaration, une publicité et un inventaire dans des délais stricts.
Où et comment faire la déclaration d'acceptation à concurrence de l'actif net ?
La déclaration se fait au greffe du tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession ou devant notaire, possibilité ouverte par la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle de 2016. Elle comporte élection de domicile et fait l'objet d'une publicité nationale au BODACC, qui ouvre le délai de déclaration des créances.
Quel est le délai pour déposer l'inventaire et que risque-t-on à le manquer ?
L'inventaire, avec estimation article par article de l'actif et du passif, doit être déposé au tribunal dans les deux mois de la déclaration. Un délai supplémentaire peut être demandé au juge pour motifs sérieux et légitimes. À défaut de dépôt dans le délai, l'héritier est réputé acceptant pur et simple : il répond alors des dettes sur son patrimoine personnel.
Combien de temps les créanciers ont-ils pour déclarer leurs créances ?
Quinze mois à compter de la publicité nationale de la déclaration. Les créances non assorties de sûretés qui ne sont pas déclarées dans ce délai sont éteintes à l'égard de la succession. Pendant cette période, les voies d'exécution des créanciers sont par ailleurs suspendues, ce qui laisse à l'héritier le temps d'établir l'état réel du passif.
Peut-on revenir sur une acceptation à concurrence de l'actif net ?
Oui, mais dans un seul sens : tant que la prescription du droit d'opter n'est pas acquise, l'héritier peut accepter purement et simplement, ce qui rend son engagement illimité. En revanche, il ne peut plus renoncer à la succession. L'acceptation à concurrence de l'actif net constitue donc un plancher de protection, que l'on ne peut qu'aggraver, jamais alléger.
L'héritier peut-il vendre ou conserver les biens de la succession ?
Oui. S'il vend un bien, il doit affecter le prix au paiement des créanciers et le déclarer au tribunal dans les quinze jours. S'il conserve un bien en nature, il en doit la valeur fixée dans l'inventaire. Les créanciers peuvent contester la valeur retenue devant le juge dans les trois mois de la publicité de la déclaration.
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