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État des lieux par commissaire de justice : quand y recourir, coût réglementé et valeur juridique

Quand recourir à un état des lieux par commissaire de justice (loi de 1989) : frais partagés par moitié, tarif réglementé selon la surface, valeur juridique et méthode efficace sur place.

Par Gauthier Jozan, Fondateur — VoxActe7 min de lecture
Sommaire de l'article

Quand faut-il un état des lieux par commissaire de justice ?

L'état des lieux locatif est en principe établi à l'amiable et contradictoirement entre bailleur et locataire, ou par un tiers mandaté par eux. Ce n'est que lorsque cette voie échoue — partie absente, refus de signer, désaccord persistant — que l'article 3-2 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 prévoit le recours à un commissaire de justice (ex-huissier), à l'initiative de la partie la plus diligente.

Trois règles structurent alors l'intervention : les frais sont partagés par moitié entre bailleur et locataire, le tarif est réglementé selon la surface du logement (de 132,56 € à 231,66 € TTC), et les parties sont convoquées au moins sept jours à l'avance par lettre recommandée avec avis de réception. L'état des lieux ainsi dressé est contradictoire : il s'impose aux deux parties, même si l'une d'elles ne se présente pas.

Suivent les cas de recours, le coût exact, la valeur du document, ses effets sur le dépôt de garantie et la méthode de réalisation sur place.

Définition. L'état des lieux est le document qui décrit, pièce par pièce, l'état du logement et de ses équipements lors de la remise des clés (entrée) puis de leur restitution (sortie). La comparaison des deux versions détermine ce qui relève de l'usure normale et ce qui est imputable au locataire.

Le cadre légal : l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989

Pour les locations à usage de résidence principale, l'état des lieux est établi lors de la remise et de la restitution des clés, puis joint au contrat de bail. La voie amiable est la règle ; le commissaire de justice n'intervient qu'en cas d'échec.

Lorsqu'il est saisi, il avise bailleur et locataire au moins sept jours à l'avance, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Cette convocation est la clé du dispositif : elle rend le document contradictoire même si une partie ne se déplace pas. Depuis le 1er juillet 2022, les huissiers exercent sous le titre de commissaire de justice.

Qui établit l'état des lieux ?Coût pour le locataireCaractère contradictoire
Bailleur et locataire eux-mêmesGratuitOui, par la signature des deux parties
Tiers mandaté (agence immobilière)Part plafonnée à 3 €/m² à l'entrée ; sortie à la charge du bailleur seulOui, si les deux parties signent
Commissaire de justice (article 3-2)Moitié du tarif réglementéOui, par l'effet de la convocation à 7 jours

En bail commercial aussi, l'état des lieux d'entrée et de sortie est obligatoire (article L. 145-40-1 du Code de commerce, issu de la loi Pinel de 2014), à l'amiable ou, à défaut, par commissaire de justice à frais partagés par moitié.

Combien coûte un état des lieux par commissaire de justice ?

Dans le cadre de l'article 3-2, le coût est fixé par les textes et dépend uniquement de la surface du logement. Le barème en vigueur, publié par service-public.fr, s'entend toutes taxes comprises et est révisable périodiquement.

Surface du logementTarif TTCPart du bailleurPart du locataire
Jusqu'à 50 m²132,56 €66,28 €66,28 €
Plus de 50 m² et jusqu'à 150 m²154,44 €77,22 €77,22 €
Plus de 150 m²231,66 €115,83 €115,83 €

Chiffre clé. Pour un logement de 50 à 150 m², l'état des lieux de l'article 3-2 coûte 154,44 € TTC, soit 77,22 € par partie, selon le barème publié par service-public.fr.

Ce tarif ne vaut que pour l'état des lieux consécutif à un échec de la voie amiable : un constat locatif demandé par une seule partie relève d'honoraires libres, sur devis.

Exemple chiffré : sortie conflictuelle sur un 70 m²

Un locataire quitte un appartement de 70 m² sans se présenter aux rendez-vous proposés pour l'état des lieux de sortie. Le bailleur, partie la plus diligente, saisit un commissaire de justice, qui convoque les deux parties à huit jours par lettre recommandée.

PosteDétailMontant
Tarif réglementéTranche 50–150 m²154,44 € TTC
Part du bailleur50 %77,22 €
Part du locataire50 %77,22 €

L'état des lieux est dressé malgré l'absence du locataire et lui est opposable. Il relève une porte percée et une moquette brûlée : le bailleur peut fonder ses retenues sur des constatations difficilement contestables. En pratique, la part de frais du locataire est souvent régularisée lors de la restitution du dépôt de garantie.

Quelle valeur juridique pour cet état des lieux ?

L'état des lieux de l'article 3-2 tire sa force de deux éléments cumulés : il est dressé par un officier public et ministériel, et il est contradictoire par l'effet de la convocation. Une partie régulièrement convoquée qui ne se présente pas ne peut pas écarter le document au motif qu'elle était absente.

Il se distingue du constat locatif unilatéral, dressé à la demande d'une seule partie, sans convocation : ses constatations matérielles font foi jusqu'à preuve contraire, rappelle la Chambre nationale des commissaires de justice, mais il ne vaut pas état des lieux contradictoire. Ce que vaut un constat devant le juge est détaillé dans notre article sur la valeur probante du constat de commissaire de justice.

DocumentÉtabli parContradictoirePortée
État des lieux amiableLes parties ou un tiers mandatéOui (signatures)S'impose aux signataires
État des lieux article 3-2Commissaire de justice, parties convoquéesOui (convocation à 7 jours)Opposable même à la partie absente
Constat locatif unilatéralCommissaire de justice à la demande d'une partieNonConstatations faisant foi jusqu'à preuve contraire

État des lieux d'entrée et de sortie : ce qui change

Les deux documents obéissent à la même logique descriptive, mais leurs enjeux diffèrent. À l'entrée, le locataire dispose de dix jours pour demander un complément sur tout élément du logement, et du premier mois de la période de chauffe pour les équipements de chauffage. À la sortie, aucun complément n'est prévu : ce qui n'est pas relevé le jour J est réputé conforme.

État des lieux d'entréeÉtat des lieux de sortie
MomentRemise des clésRestitution des clés
RattachementAnnexé au bailComparé à l'état des lieux d'entrée
Complément possible10 jours ; chauffage pendant le 1er mois de chauffeAucun
Risque en son absenceLocataire présumé avoir reçu le logement en bon état (article 1731 du Code civil), sauf obstacle du bailleurRetenues sur le dépôt de garantie très difficiles à justifier

L'absence d'état des lieux d'entrée est le piège classique : la présomption de bon état joue contre le locataire, sauf s'il démontre que le bailleur a fait obstacle à son établissement. Symétriquement, sans état des lieux de sortie exploitable, le bailleur perd l'essentiel de ses moyens de preuve.

Comparaison des deux états des lieux et retenues sur le dépôt de garantie

La comparaison entrée/sortie répond à une question unique : la différence constatée relève-t-elle de la vétusté — l'usure normale liée au temps et à l'usage — ou d'une dégradation imputable au locataire ? Depuis le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, les parties peuvent convenir dès la signature du bail d'une grille de vétusté pour objectiver cette frontière.

Les retenues du bailleur doivent être justifiées : états des lieux comparés, devis ou factures. Un état des lieux de sortie précis, daté et illustré protège les deux parties — contre les retenues abusives comme contre les contestations infondées.

Chiffre clé. Le dépôt de garantie doit être restitué sous 1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, 2 mois sinon ; à défaut, le solde dû au locataire est majoré de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard entamé, selon service-public.fr.

Au-delà du locatif : avant travaux, voisinage, locaux professionnels

La même mécanique sert au-delà du bail d'habitation : état des lieux des existants avant chantier (fissures, revêtements) pour prévenir les litiges d'imputation des désordres, état daté d'une clôture ou d'un mur en matière de voisinage, états des lieux de locaux commerciaux qui conditionnent la restitution en fin de bail. Dans tous les cas, la discipline est la même : décrire élément par élément, dater, photographier, sans interpréter.

Réaliser l'état des lieux efficacement sur place

La description exhaustive du logement est le cœur de la mission : la méthode de prise d'information conditionne directement sa rentabilité. Trois temps structurent une intervention efficace.

1. Préparer le dossier et la convocation

Avant la visite : identités des parties, adresse, surface (elle détermine le tarif), références du bail, et l'état des lieux d'entrée s'il s'agit d'une sortie. La convocation part en recommandé avec avis de réception au moins sept jours avant la date retenue — sans ce formalisme, le caractère contradictoire tombe.

2. Dicter pièce par pièce, photos à l'appui

Sur place, le parcours suit un ordre fixe : entrée, séjour, cuisine, chambres, pièces d'eau, annexes. Dans chaque pièce : sols, murs, plafonds, menuiseries et équipements, avec un état qualifié (neuf, bon, usagé, mauvais) et une photo horodatée rattachée à chaque observation : « Cuisine. Sol carrelage : bon état. Plan de travail : rayure de 30 cm, photo 4. » Dicter ces constatations plutôt que les noter puis les ressaisir supprime la double saisie — voir pourquoi la dictée divise par cinq le temps de rédaction. Un modèle de constat prêt à l'emploi fournit la trame type, transposable à l'état des lieux.

3. Générer le document, relire, signer

La dictée structurée produit un document ordonné pièce par pièce, photos intégrées, directement comparable à l'état des lieux d'entrée. C'est ce que fait VoxActe pour les commissaires de justice : procès-verbal structuré et horodaté, prêt pour signature le jour même. L'officier relit, complète et signe — l'outil accélère la production, pas le contrôle.

En résumé

L'état des lieux par commissaire de justice est la voie subsidiaire de l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 en cas d'échec amiable : convocation des parties à sept jours par lettre recommandée, frais partagés par moitié, tarif réglementé selon la surface (132,56 € à 231,66 € TTC). Contradictoire, le document est opposable même à la partie absente et fonde, par comparaison entrée/sortie, les retenues justifiées sur le dépôt de garantie — la vétusté restant à la charge du bailleur.


Sources utilisées :

Pour aller plus loin : Constat de commissaire de justice : valeur probante et bonnes pratiques · Dicter ses rapports terrain : diviser par 5 le temps de rédaction · RGPD et données terrain

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État des lieux par commissaire de justice : quand y recourir, coût réglementé et valeur juridique : FAQ

Qui paie l'état des lieux établi par un commissaire de justice ?
Dans le cadre de l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989, c'est-à-dire après échec de la voie amiable, les frais sont partagés par moitié entre bailleur et locataire, à un tarif réglementé selon la surface du logement. Hors de ce cadre, un constat locatif demandé par une seule partie reste à la charge de celui qui le commande.
Quand peut-on recourir à un commissaire de justice pour un état des lieux ?
Uniquement lorsque l'état des lieux ne peut pas être établi contradictoirement et à l'amiable : refus d'une partie de se présenter ou de signer, désaccord persistant. La partie la plus diligente saisit alors un commissaire de justice, qui convoque bailleur et locataire au moins sept jours à l'avance par lettre recommandée avec avis de réception.
Combien coûte un état des lieux d'huissier ?
Le tarif est réglementé et dépend de la surface : 132,56 € TTC jusqu'à 50 m², 154,44 € TTC entre 50 et 150 m², 231,66 € TTC au-delà, d'après le barème publié par service-public.fr, chaque partie payant la moitié. Un constat demandé unilatéralement, hors article 3-2, relève en revanche d'honoraires libres.
L'état des lieux est-il valable si le locataire ne se présente pas ?
Oui. Dès lors que les parties ont été convoquées au moins sept jours à l'avance par lettre recommandée avec avis de réception, l'état des lieux dressé par le commissaire de justice est contradictoire et opposable aux deux parties, même si l'une d'elles est absente au rendez-vous. C'est tout l'intérêt de cette procédure.
Que se passe-t-il en l'absence d'état des lieux d'entrée ?
Le locataire est présumé avoir reçu le logement en bon état de réparations locatives (article 1731 du Code civil) : à la sortie, le bailleur peut lui imputer les dégradations constatées. La présomption tombe si le bailleur a fait obstacle à l'établissement du document. Chaque partie a donc intérêt à sécuriser ce document dès l'entrée.
Quelle différence entre un état des lieux et un constat locatif ?
L'état des lieux de l'article 3-2 est contradictoire : les deux parties sont convoquées et le document s'impose à elles, frais partagés par moitié. Le constat locatif est demandé par une seule partie, sans convocation : ses constatations font foi jusqu'à preuve contraire, mais il ne remplace pas un état des lieux contradictoire pour la restitution du dépôt de garantie.
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