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Commandement de payer : quel délai selon le type d'acte

8 jours pour la saisie-vente, 1 mois pour le bail commercial et la saisie des rémunérations, 6 semaines pour le bail d'habitation : les délais et mentions obligatoires de chaque commandement.

Par Gauthier Jozan, Fondateur — VoxActe4 min de lecture
Sommaire de l'article

Un même nom, quatre délais différents

Le commandement de payer est l'acte par lequel le commissaire de justice enjoint au débiteur de s'exécuter avant l'engagement d'une mesure d'exécution forcée. Sous une dénomination unique se cachent en réalité plusieurs actes distincts, dont le délai varie du simple au quintuple selon la mesure poursuivie.

Type de commandementDélaiFondement
Préalable à une saisie-vente8 joursArt. L221-1 CPCE
Valant saisie immobilière8 joursArt. R321-1 CPCE
Aux fins de saisie des rémunérations1 moisRéforme du 1er juillet 2025
Bail commercial, clause résolutoire1 moisArt. L145-41 C. com.
Bail d'habitation, clause résolutoire6 semainesArt. 24, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989

Confondre ces délais est la première source de nullité en pratique : un commandement mentionnant huit jours là où la loi en exige un mois est irrégulier, et la mesure qui s'ensuit tombe avec lui.

Définition. Le commandement de payer est un acte d'exécution, non une relance. Il suppose un titre exécutoire, il est délivré par un commissaire de justice, et son expiration ouvre directement la mesure qu'il annonce.

Les mentions communes à peine de nullité

Quel que soit son objet, le commandement doit comporter :

  • l'énonciation du titre exécutoire en vertu duquel les poursuites sont engagées ;
  • un décompte distinct des sommes réclamées en principal, frais et intérêts échus, avec l'indication du taux des intérêts ;
  • le commandement de payer dans le délai imparti, expressément mentionné ;
  • l'indication de la mesure encourue à défaut de paiement ;
  • la juridiction compétente pour connaître des contestations.

Le décompte est le point faible le plus fréquent. Un montant global, non ventilé entre principal, intérêts et frais, prive le débiteur de la possibilité de vérifier ce qui lui est réclamé — et fournit un moyen commode de contestation. Le calculateur d'intérêts légaux permet d'arrêter la fraction d'intérêts à la date exacte de l'acte.

Le commandement préalable à la saisie-vente

C'est la forme la plus courante. Il enjoint au débiteur de payer dans les huit jours, à défaut de quoi ses biens meubles corporels pourront être saisis et vendus. Il doit indiquer que le débiteur peut proposer une vente amiable des biens saisis.

Le délai de huit jours est franc : la saisie ne peut être pratiquée avant son expiration, sauf autorisation spéciale du juge en cas de risque de détournement.

Le commandement aux fins de saisie des rémunérations

Depuis la réforme du 1er juillet 2025, la saisie des rémunérations débute par un commandement de payer qui ouvre au débiteur un délai d'un mois pour payer, négocier un échéancier ou contester devant le juge de l'exécution.

Ce commandement est devenu l'acte pivot de la procédure déjudiciarisée : c'est lui qui remplace la requête au greffe et l'audience de conciliation. Le procès-verbal de saisie doit ensuite être signifié à l'employeur dans un délai maximal de trois mois à compter du commandement, sous peine de devoir tout recommencer.

Le commandement visant la clause résolutoire

Bail d'habitation : six semaines

L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, fixe le délai à six semaines — contre deux mois auparavant. L'acte doit mentionner, à peine de nullité, la faculté pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement et de demander des délais de paiement au juge. Une copie est adressée à la CCAPEX.

Ce commandement ouvre la procédure d'expulsion locative proprement dite.

Bail commercial : un mois

L'article L145-41 du Code de commerce impose un délai d'un mois, et exige que le commandement mentionne ce délai à peine de nullité. Pendant ce mois, le bailleur ne peut engager aucune procédure, ni en paiement ni en expulsion.

Le preneur peut solliciter du juge des délais de grâce, qui suspendent la réalisation de la clause résolutoire tant qu'ils sont respectés. La rédaction du commandement est ici particulièrement sensible : la sanction de nullité est expressément prévue par le texte.

Le commandement valant saisie immobilière

Il ouvre un délai de huit jours et vaut saisie de l'immeuble. Il doit être publié au service de la publicité foncière dans un délai de deux mois à compter de sa signification, à peine de caducité. À compter de la publication, l'immeuble est indisponible : le débiteur en conserve la jouissance mais ne peut plus l'aliéner.

C'est l'acte le plus formaliste de la série : la moindre irrégularité dans la désignation de l'immeuble ou dans le décompte peut compromettre l'ensemble de la procédure de saisie.

L'effet interruptif de prescription

La signification d'un commandement de payer interrompt la prescription de la créance : un nouveau délai court à compter de l'acte. Cet effet justifie à lui seul la délivrance d'un commandement dans les dossiers où le recouvrement immédiat paraît compromis, afin de préserver le titre.

Le mode de signification

La signification à personne reste le mode privilégié, car elle sécurise la date de départ du délai. À défaut, le commissaire de justice signifie à domicile en laissant un avis de passage, ou dresse un procès-verbal de recherches infructueuses lorsque le destinataire n'a ni domicile, ni résidence, ni lieu de travail connus.

Les diligences accomplies doivent être précisément relatées dans l'acte : vérification auprès du voisinage, du gardien, de la mairie, consultation des annuaires. C'est le premier point examiné par le juge en cas de contestation, et la principale source d'annulation en pratique.

Checklist avant signification

  1. Vérifier que le titre est bien exécutoire et non prescrit.
  2. Arrêter un décompte ventilé — principal, intérêts, frais — à la date de l'acte.
  3. Retenir le délai correspondant à la mesure poursuivie, et le mentionner expressément.
  4. Ajouter les mentions spécifiques à la matière (FSL et CCAPEX en matière locative, délai d'un mois en bail commercial).
  5. Documenter précisément les diligences de signification.
  6. Calendariser la suite : saisie-vente à J+8, PV de saisie à l'employeur sous 3 mois, publication au SPF sous 2 mois.

Les diligences de signification et les constatations faites sur place — état de l'immeuble, présence du destinataire, renseignements recueillis — constituent la matière probante de l'acte. Les dicter au moment du déplacement plutôt que de les reconstituer au retour améliore leur précision, et c'est l'usage que les commissaires de justice font de VoxActe.

Pour aller plus loin

Sources : Légifrance — CPCE, saisie-vente (art. L221-1 et R221-1) · Légifrance — article L145-41 du Code de commerce · Légifrance — loi n° 89-462 du 6 juillet 1989

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Questions fréquentes

Quel est le délai d'un commandement de payer ?
Il dépend de la mesure poursuivie : 8 jours pour un commandement préalable à une saisie-vente (article L221-1 CPCE), 1 mois pour un bail commercial visant la clause résolutoire (article L145-41 du Code de commerce) et pour un commandement aux fins de saisie des rémunérations, 6 semaines pour un bail d'habitation (article 24 de la loi du 6 juillet 1989).
Quelles mentions doit contenir un commandement de payer ?
Outre les mentions communes à tout acte de commissaire de justice, il doit indiquer le titre exécutoire fondant les poursuites, un décompte distinct des sommes réclamées en principal, frais et intérêts, le délai imparti pour payer et la sanction encourue. Les commandements en matière locative comportent en outre des mentions d'information sur les aides et voies de recours, à peine de nullité.
Un commandement de payer interrompt-il la prescription ?
Oui. La signification d'un commandement de payer constitue un acte d'exécution forcée qui interrompt le délai de prescription de la créance. Un nouveau délai court à compter de l'acte. C'est l'une des raisons pratiques de délivrer un commandement même lorsque le recouvrement paraît compromis à court terme.
Que se passe-t-il à l'expiration du délai ?
Le commandement resté sans effet ouvre la mesure qu'il annonce : saisie-vente des biens meubles, procès-verbal de saisie signifié à l'employeur, acquisition de la clause résolutoire du bail, ou poursuite de la procédure de saisie immobilière. Le commandement est donc un préalable obligatoire, pas une simple relance.
Un commandement de payer peut-il être annulé ?
Oui, lorsqu'une mention obligatoire fait défaut ou que le décompte est irrégulier. En matière de bail commercial, l'absence de mention du délai d'un mois est expressément sanctionnée par la nullité. Un décompte global ne distinguant pas loyers, charges et intérêts est une cause fréquente de contestation en matière locative.
Quelle différence entre un commandement de payer et une mise en demeure ?
La mise en demeure est un acte comminatoire qui peut émaner du créancier lui-même et ne suppose aucun titre. Le commandement de payer est un acte d'exécution délivré par un commissaire de justice sur le fondement d'un titre exécutoire ; il ouvre un délai légal et déclenche, à son expiration, une mesure d'exécution forcée.
Le commandement de payer doit-il être signifié à personne ?
Non, la signification à personne n'est pas exigée à peine de nullité, mais elle demeure le mode privilégié. À défaut, le commissaire de justice signifie à domicile ou, en dernier recours, dresse un procès-verbal de recherches infructueuses. Le mode de signification doit être précisément justifié dans l'acte, car il est le premier point contrôlé en cas de contestation.
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